NAJI HAKIM
NAJI HAKIM

MONTMARTRE VARIATIONS for orchestra

Title, Duration, Place, Year, Publisher, Dedicated to, Premiere (performer(s), place, date)

MONTMARTRE VARIATIONS for orchestra (2222/2200, timp, strings), 13', Bayonne, 2025, U.M.P., -, Czech Chamber Philharmonic Orchestra Pardubice, Robert Kružík, conductor, Pardubice, 11.01.27.

 

There are melodies one does not forget. Not out of sentiment, but because they were once engraved, indelibly, in that secret place where memory becomes prayer. Such is the case with this hymn to the Sacred Heart — “Sacred Heart of Jesus, I believe in your love for me…” — which I first learned as a child at the Collège du Sacré-Cœur in Beirut, and found again, unchanged, decades later beneath the white crown of the Basilica of Montmartre, where I served the great organ from 1985 to 1993.

No one seems to remember who composed this humble supplication — and perhaps that is just as well. It has survived upheavals, erasures, councils and fashions. It escaped the slow dismantling of Catholic liturgical music that followed the Second Vatican Council. Not a relic, but a glowing ember that still burns.

Montmartre Variations is not a literal setting, but an orchestral meditation on this hymn, drawing out its inner flame, its resonances and quiet fervour. After an introduction of pulsed dominant chords — like a heart suspended — the theme emerges plainly, anchored on a sustained dominant pedal, as a kind of offering. What follows is a sequence of symphonic variations, seamlessly linked, each seeking contrast in character and tempo, in tonal colour and orchestral texture.

  • Moderato, where the theme appears with devotional calm, almost like a chorale.

  • Allegro moderato, with syncopated strings lending a rhythmic lift.

  • L’istesso tempo, a gentle siciliana with an obstinate lilt, like a swinging thurible.

  • Più moto, where cellos and bassoons weave an ornate perpetuum mobile, like a thread of nervous gold.

  • Then the motif grows lighter: flutes and clarinets spin fluid arpeggios, delicately supported by pizzicato strings.

  • Moderato, the mood deepens: the trumpet takes up the theme with solemn dignity, beneath chords echoing the introduction.

  • Again l’istesso tempo, but now the theme is doubled, enriched — first in tight harmony over a steady pulse, then in octave unison, broadened in a gentler harmonic breath: a quiet joy.

  • Finally, Allegro con fuoco, a dancing, spirited final variation in the form of a rondo-sonata. A swirling ritornello launches the refrain, which transforms the foundational theme into a festive, luminous affirmation.

The tonal journey is no mere ornament; it breathes through the form itself, animating the discourse from within — a kind of ascent toward an invisible summit, always hinted at, never declared. For here, nothing is explained. Everything is offered — to the ear, or to the heart.

___________________________________

 

Il est des mélodies que l’on n’oublie pas. Non par artifice, mais parce qu’elles ont été gravées une fois pour toutes dans ce lieu secret où la mémoire devient prière. Ainsi ce cantique au Sacré-Cœur – « Cœur Sacré de Jésus, je crois en votre amour pour moi… » – appris dans l’enfance, sur les bancs du Collège du Sacré-Cœur de Beyrouth, et retrouvé, intact, trente ans plus tard, à l’ombre blanche de la Basilique de Montmartre, là où j’ai servi le silence et le feu de l’orgue, de 1985 à 1993.

On ne sait plus qui composa cette humble supplication. Peut-être est-ce mieux ainsi. Elle a traversé les secousses, les effacements, les conciles et les modes. Elle a survécu à l’effondrement progressif de la musique liturgique, comme une fleur de granit entre les fissures. Ce n’est pas un vestige : c’est un tison encore brûlant.

Montmartre Variations se déploie à partir de ce cantique, non pour l’illustrer, mais pour en explorer les échos, les résonances, les ferveurs enfouies. Une introduction d’accords pulsés – tension suspendue, comme un cœur qui guette – précède l’entrée du thème, chanté simplement sur une pédale de dominante, comme une offrande posée. Viennent alors les variations symphoniques, enchaînées sans rupture, dans un souci de contraste mais non de dislocation : chaque variation est un vitrail d’humeurs, de tempi, de couleurs tonales.

  • Moderato, le thème posé avec recueillement, presque choral.

  • Allegro moderato, où les cordes syncopées font vibrer l’élan.

  • L’istesso tempo, une sicilienne obstinée, gracieuse, comme un balancement d’encensoir.

  • Più moto, les violoncelles et bassons tissent un perpetuum mobile orné, tel un fil d’or nerveux.

  • Le motif gagne en légèreté : flûtes et clarinettes en arpèges lumineux, soutenues par les pizzicatos.

  • Moderato, le ton se fait grave : la trompette porte le thème avec solennité, sous des accords rappelant l’introduction.

  • Encore l’istesso tempo, mais cette fois, le thème s’élargit, doublement étoffé et dilaté dans une lumière tranquille – la paix, peut-être, après la ferveur.

  • Enfin, Allegro con fuoco, dernière variation dansante, vive, comme un appel, un envoi, une joyeuse insistance. Le thème s’y transforme en refrain rayonnant, dans un souffle de rondo-sonate, où la ritournelle tourbillonnante fait jaillir l’unité dans la diversité.

Le parcours tonal n’est pas décoratif : il anime la forme de l’intérieur, comme une montée vers un sommet invisible, toujours suggéré, jamais asséné. Car ici, rien n’est démontré ; tout est offert à l’écoute – ou au recueillement.